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Guématria : la valeur numérique des lettres hébraïques

Par David Cohen · Professeur d'hébreu · Mis à jour le 17 juin 2026

Réponse courte : Chaque lettre de l'alphabet hébreu sert aussi de chiffre : alef à tet valent 1 à 9, yod à tsadé valent 10 à 90, et qof à tav valent 100 à 400. On compose un nombre en additionnant des lettres, écrites de la plus grande à la plus petite. La guématria est la pratique qui additionne les valeurs d'un mot entier pour le comparer à d'autres mots de même somme.

Un alphabet qui compte

L'hébreu ancien n'avait pas de chiffres distincts : comme le grec, il utilisait ses lettres pour noter les nombres. Ce système, apparu vers le IIe siècle avant notre ère, n'a jamais complètement disparu. Israël calcule aujourd'hui avec les chiffres que nous connaissons, mais les lettres-nombres restent partout dans la vie religieuse et culturelle : dates du calendrier hébraïque, chapitres de la Bible, années scolaires, étages d'immeubles anciens.

Connaître ces valeurs n'est donc pas un savoir ésotérique : c'est une compétence de lecture. Sans elle, impossible de déchiffrer une date sur une pierre tombale, un chapitre dans une édition traditionnelle ou l'année sur un calendrier israélien.

Tableau complet des 22 valeurs

LettreNomValeur
אAlef1
בBet2
גGuimel3
דDalet4
ה5
וVav6
זZayin7
חHet8
טTet9
יYod10
כKaf20
LettreNomValeur
לLamed30
מMem40
נNoun50
סSamekh60
עAyin70
פ80
צTsadé90
קQof100
רResh200
שShin300
תTav400

Les cinq formes finales (kaf, mem, noun, pé, tsadé en fin de mot) gardent la valeur de leur lettre d'origine dans l'usage courant. Au-delà de 400, on additionne : 500 s'écrit tav-qof (400+100), 900 s'écrit tav-tav-qof, et ainsi de suite.

Comment on compose un nombre

La règle est simple : on juxtapose les lettres nécessaires, de la plus grande valeur à la plus petite, dans le sens de lecture de l'hébreu — donc de droite à gauche. Le nombre 31 s'écrit lamed-alef (30+1), soit לא. Le nombre 248 s'écrit resh-mem-het (200+40+8), soit רמח. Un guillemet typographique (guershayim) s'insère traditionnellement avant la dernière lettre pour signaler qu'il s'agit d'un nombre et non d'un mot : רמ״ח.

Ce détail typographique est précieux pour le lecteur débutant : quand vous voyez ״ dans un mot court, vous êtes très probablement devant un nombre ou un acronyme, pas devant du vocabulaire à chercher au dictionnaire.

L'exception des nombres 15 et 16

La composition « normale » de 15 serait yod-hé (10+5) et celle de 16 yod-vav (10+6). Or ces deux suites de lettres forment des abréviations du nom divin, que la tradition juive évite d'écrire hors d'un cadre sacré. On les remplace donc : 15 s'écrit tet-vav, soit ט״ו (9+6), et 16 s'écrit tet-zayin, soit ט״ז (9+7).

Cette exception n'est pas une curiosité de manuel : elle apparaît sur tous les calendriers hébraïques. La fête de Tou biShvat (ט״ו בשבט), littéralement « le 15 du mois de Shvat », porte cette orthographe dans son nom même.

Le fameux 18 et la guématria

La guématria (גימטריה) consiste à additionner les valeurs des lettres d'un mot et à rapprocher les mots qui partagent la même somme. L'exemple le plus connu est le mot « haï » (חי), « vivant » : het (8) + yod (10) = 18. C'est pourquoi, dans la tradition juive, on offre volontiers des dons et des cadeaux en multiples de 18 — un vœu de vie chiffré.

Il faut garder à la guématria sa juste place : c'est une tradition d'interprétation et un jeu savant sur les textes, pratiqué notamment dans les commentaires rabbiniques et la Kabbale — pas une méthode de preuve. Pour l'apprenant, son intérêt est ailleurs : elle fait mémoriser les valeurs des lettres sans effort, parce qu'on les manipule sur des mots réels.

Où vous rencontrerez ces valeurs

Trois contextes reviennent sans cesse. Les dates : l'année hébraïque s'écrit en lettres (5786 devient תשפ״ו une fois les millénaires sous-entendus), tout comme le jour du mois. Les références bibliques : chapitres et versets sont numérotés en lettres dans les éditions traditionnelles. Les listes : là où le français écrit a), b), c), l'hébreu écrit alef, bet, guimel.

Pour vous exercer, essayez d'écrire votre année de naissance ou un petit nombre en lettres avec notre clavier hébreu en ligne, puis vérifiez votre composition. Et si vous voulez d'abord consolider les lettres elles-mêmes, la page apprendre l'hébreu et son quiz sont le meilleur point de départ.

Questions fréquentes

Quelle est la valeur numérique des lettres hébraïques ?

Les neuf premières lettres (alef à tet) valent 1 à 9, les neuf suivantes (yod à tsadé) valent 10 à 90 de dix en dix, et les quatre dernières (qof à tav) valent 100 à 400 de cent en cent.

Qu'est-ce que la guématria ?

La guématria consiste à additionner les valeurs numériques des lettres d'un mot pour obtenir un nombre, puis à rapprocher les mots de même somme. C'est une tradition d'interprétation, pas une méthode scientifique.

Pourquoi 15 et 16 s'écrivent-ils différemment en hébreu ?

La composition attendue (10+5 et 10+6) formerait des lettres du nom divin. Par respect, on écrit 15 comme 9+6 (tet-vav) et 16 comme 9+7 (tet-zayin).

Pourquoi le nombre 18 est-il symbolique ?

Parce que le mot « haï » (vivant), écrit het-yod, vaut 8+10 = 18. Offrir un multiple de 18 est un vœu de vie dans la tradition juive.

Utilise-t-on encore les lettres-nombres aujourd'hui ?

Oui, pour les dates du calendrier hébraïque, la numérotation des chapitres et versets, les listes et certains usages traditionnels. Pour les calculs courants, Israël utilise les chiffres arabes.

David Cohen — Professeur d'hébreu
David enseigne l'hébreu moderne aux francophones depuis plus de douze ans. Il rédige des guides clairs et progressifs pour aider les débutants à taper, lire et comprendre l'hébreu sans se perdre dans la théorie.